Fiche informative sur les Triops Mongolia (mongolei)

Le mystère du Triops mongolia : espèce valide ou simple synonyme de Triops granarius ?

Triops mongolia est une espèce présumée endémique des steppes semi-arides de Mongolie

Triops mongolia est une espèce présumée endémique des steppes semi-arides de Mongolie

Triops Mongolia (souvent orthographié Triops Mongolei dans les contextes germanophones) est une désignation couramment utilisée dans le commerce et l'aquariophilie pour une variante spécifique de crustacé branchiopode de la famille des Triopsidae originaire d'Asie centrale.

En effet, Triops mongolia est une espèce présumée endémique des steppes semi-arides de Mongolie, remarquablement adaptée aux conditions extrêmes de ce pays d’Asie centrale. Toutefois, les informations scientifiques disponibles sont limitées, car ce taxon n’a pas fait l’objet de descriptions officielles détaillées dans toute la littérature taxonomique et n’est souvent mentionné que dans des contextes commerciaux ou lors d’études écologiques traitant de communautés de branchiopodes. 

Cet article a pour objectif d'explorer cette question et de tenter de clarifier la véritable appellation taxonomique qui devrait être attribuée à ce Triops des steppes mongoles.

 

Le cas particulier du Triops mongolia

La diversité des grands branchiopodes dans les mares temporaires de Mongolie

On sait que la Mongolie abrite une diversité très homogène de grands branchiopodes dans ses mares et plans d’eau temporaires, malgré des conditions climatiques très fluctuantes et parfois rudes. Ces communautés comprennent généralement des espèces telles que Triops numidicus, Branchipodopsis affinis, Eocyzicus davidi, et Lynceus dauricus, tous adaptés à une vie rapide dans des mares éphémères, qui se remplissent à la saison des pluies puis s’assèchent en quelques mois. Il n’existe pas d’observation officielle d’un "Triops mongolia" distinct de ces espèces dans la littérature scientifique validée à ce jour – il s’agit donc soit d’un synonyme commercial pour une forme spécifique locale, soit d’une désignation provisoire en attendant une révision taxonomique.

Génétique, le cas non résolu de Triops mongolia

Sur le plan taxonomique, le nom Triops mongolia n'est pas reconnu officiellement dans les classifications actuelles (notamment celles de Longhurst en 1955 et de l'ICZN en 1958). Les sources scientifiques rattachent généralement cette population au Triops granarius ou, dans les anciennes références, au synonyme Triops dybowskii (Kingsley, 1881). Bien que les analyses génétiques récentes confirment un lien de parenté étroit entre les Triops d'Asie centrale (Mongolie, Japon, Chine du Nord), des études moléculaires supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si Triops mongolia constitue effectivement une espèce à part entière ou simplement une lignée génétique distincte du Triops granarius.

Réévaluation du groupe de Triops d’Asie centrale

Comme on vient de le voir, la classification des Triops présents dans cette vaste région géographique reste complexe. À la lumière des révisions scientifiques récentes (notamment celles menées par Hidetoshi Naganawa) il devient nécessaire de clarifier la situation. L’objectif est de déterminer si le Triops mongolia représente une espèce distincte ou s’il s’agit simplement d’une forme locale du Triops granarius.

Bien que ces populations partagent un lien de parenté évident, le statut taxonomique du Triops originaire d’Asie centrale demeure ambigu. Des analyses génétiques et morphologiques plus approfondies sont indispensables pour établir avec certitude s’il constitue une espèce séparée ou une variante régionale du Triops granarius.

Triops mongolia serait-il Triops dybowskii ?

Les caractéristiques du Triops mongolia (notamment sa "longue queue") amènent à penser, d'après les recherches d'Hidetoshi Naganawa (2020), qu'il devrait être classé sous le nom de Triops dybowskii

 

Clarification Taxonomique : le défi de distinguer les Triops d'Asie centrale

Le groupe de crustacés désigné par Triops granarius (au sens large) – qui s'étend de l'Afrique à l'Asie – est source de confusion taxonomique depuis longtemps. Des travaux récents (y compris ceux de Naganawa, 2018) confirment que le nom Triops sinensis est en réalité un synonyme du véritable Triops granarius (au sens strict, décrit par Lucas en 1864).

Cependant, il est crucial de noter que le véritable Triops granarius d'Asie (autour de Pékin et au Japon) se distingue clairement, tant par sa morphologie que par sa génétique, de l'espèce couramment appelée "Triops granarius" dans la région allant de l'Afrique au Moyen-Orient. Pour résoudre cette confusion, il est donc nécessaire de donner un nom distinct à cette dernière population.

Notre réponse à cette question se fonde sur les travaux d'Hidetoshi Naganawa (2020), qui propose de ressusciter l'appellation Triops dybowskii (Braem, 1893) pour désigner ce groupe largement distribué.

Cette distinction est confirmée par l'analyse de la description originale de Lucas (1864). Les dessins du spécimen type montrent que l'espèce de Pékin a une "queue courte" (avec 8 à 10 segments apodaux). Cela contredit la description originale et suggère que l'espèce décrite par Lucas n'était pas celle "à longue queue" (12 à 14 segments) qui est la plus commune en Eurasie.

En conséquence, l'objectif principal de cette étude est de clarifier la taxonomie complexe du groupe en définissant clairement deux entités :

  • Triops granarius (s.str.) : L'espèce d'Asie de l'Est ("à queue courte").
  • Triops dybowskii : L'espèce largement répandue en Afrique et au Moyen-Orient.

De plus, cette clarification permet de distinguer pour la première fois Triops numidicus (une autre espèce souvent confondue) de ces deux taxons.

 

Triops granarius (Lucas, 1864) : statut taxonomique corrigé

En nous appuyant sur les recherches d'Hidetoshi Naganawa publiées en 2020, cette section établit une définition taxonomique stricte de Triops granarius, limitant ce nom aux populations d'Asie de l'Est pour résoudre une confusion de longue date.

Statut taxonomique et synonymes

Le nom Triops granarius (Lucas, 1864) a été mal appliqué à diverses espèces par de nombreux auteurs au fil des décennies. Nous proposons ici de le restreindre à la désignation de Triops granarius sensu stricto (s.str.), correspondant aux populations d'Asie de l'Est.

De nombreux noms précédemment utilisés sont désormais considérés comme des synonymes (Syn.) du T. granarius s.str., notamment : Apus sudanicus var. chinensis Braem, 1893, Apus numidicus var. sinensis Uéno, 1925, et Triops sinensis.

Note : Le synonyme Apus sudanicus var. chinensis est particulièrement fiable, mais les huit spécimens types originaux ont malheureusement été perdus lors de la bataille de Wrocław en 1945.

Répartition géographique

L'espèce Triops granarius s.str. est limitée à la région de l'Asie de l'Est, spécifiquement le nord-est de la Chine et l'ouest du Japon.

En résumé, la nouvelle analyse phylogénétique du groupe Triops granarius (au sens large) a permis de confirmer la présence de huit espèces distinctes au sein du genre Triops. Les résultats de cette classification, appuyés par 1000 répliques bootstrap, sont illustrés dans cette figure :

 

Triops granarius (Lucas, 1864), Statut Taxonomique Corrigé

 

Conclusion taxonomique

La révision taxonomique proposée, basée notamment sur l'arbre phylogénétique de Naganawa (2018), vise à clarifier la confusion entourant le groupe Triops granarius (s.l.). Elle identifie huit espèces distinctes au sein du genre Triops, où T. granarius s.str. est désormais strictement défini comme la population d'Asie de l'Est à "queue courte".

 

Résultats de l'Analyse Phylogénétique (Réseau MJN)

L'analyse par réseau médian (MJN) a permis d'identifier six haplotypes distincts parmi les populations de Triops en Asie (Figure 3). Trois de ces haplotypes représentent des groupes géographiques spécifiques :

  • Haplotype Sibéro-Asiatique (Hap 5) : Il regroupe les populations de Triops échantillonnées dans les régions de l'Oural et d'Irkoutsk (Russie), ainsi qu'en Mongolie et en Mongolie Intérieure (Chine).
  • Haplotype Est-Asiatique (Hap 6) : Il est spécifique aux populations du nord-est de la Chine (Mandchourie) et du Japon.
  • Haplotype Indien (Hap 1) : Il caractérise les populations issues d'Inde.

Les six haplotypes sont reliés au sein du réseau par trois haplotypes intermédiaires manquants (Hap 2*, Hap 3*, et Hap 4*) – représentés par des astérisques – qui correspondent probablement à des lignées éteintes.

L'étude des distances de mutation entre ces haplotypes révèle les schémas de divergence :

  • L'haplotype indien (Hap 1) est séparé du Hap 2* par 52 mutations.
  • L'haplotype est-asiatique (Hap 6) est séparé du Hap 4* par 25 mutations.
  • L'haplotype sibéro-asiatique (Hap 5) est beaucoup plus proche, n'étant séparé du Hap 3* que par 13 mutations.
  • Les haplotypes intermédiaires eux-mêmes sont séparés par 14 mutations.

En conclusion, la présence de longues branches dans le réseau de connexions indique que les lignées génétiques correspondant aux haplotypes indien (Hap 1) et est-asiatique (Hap 6) ont divergé des autres populations asiatiques bien plus tôt dans l'histoire évolutive du groupe.

 

Graphique de réseau des haplotypes

Ci-dessous, voici un graphique de réseau d'haplotypes, illustrant l'évolution régionale supposée des Triops d'Asie, qui a été réalisé à l'aide du logiciel Network version 10.0.0.0. Chaque mutation non représentée sur cette figure est complétée comme suit : l'haplotype intermédiaire manquant (représenté par un astérisque ; correspondant à une population éteinte ou inconnue), Hap 3, est séparé de Hap 2 par 14 mutations. De plus, à l'intérieur des haplotypes Hap 2, Hap 3, Hap 4, Hap 5 et Hap 6, une mutation est observée pour chacun.

 

Résultats de l'Analyse Phylogénétique (Réseau MJN)

 

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